Veuvage et leadership féminin au Burkina: le cas de Madame X

Les veuves lors de la célébration de la journée internationale des veuves

Le veuvage est l’état juridique et social de la personne dont l’époux ou l’épouse est décédé(e). Elle devient alors juridiquement veuf ou veuve. Elle perd ce statut — et les droits associés — lors d’un remariage ou d’une remise en couple.

Si certains couples ont la chance de bénéficier d’une allocation de veuvage versée par la sécurité sociale au conjoint survivant ou d’une assurance décès volontairement souscrite par l’un des conjoints, le constat est que ces cas sont minoritaires au Burkina Faso.

Au Burkina Faso, au niveau de la sécurité sociale (CNSS), l’assuré décédé doit avoir cotisé 15 ans (180 mois) au moins, pour que son conjoint puisse bénéficier d’une pension de survivants. En dehors du travail salarié, il y a également la possibilité de cotiser volontairement mais les Burkinabè préfèrent majoritairement d’autres formes d’épargne comme l’immobilier. En conséquence, suite à la mort ou au départ de l’époux ou de l’un des parents, la socio-économique des veuves est le plus souvent déplorable comme pour confirmer l’adage qui dit que ″ la pauvreté a un visage féminin ″.

Je raconte ici l’histoire d’une veuve Madame X, qui loin d’être un cas isolé, reflète le combat qu’endurent la majorité des veuves de la classe moyenne au Burkina.

Madame X, veuve depuis 5 ans, a perdu son mari des suites d’une cirrhose de foie. Ce dernier avait un revenu stable mais souffrait d’une addiction à l’alcool qui lui sera fatale. Mère de 5 enfants, elle n’a eu d’autres choix que de lutter seule pour l’avenir des siens. Au décès de son mari, elle a perdu le soutien de sa belle-famille du fait qu’elle ait refusé de se remarier à un des membres de la famille de son mari. Et du fait de la longue maladie de son époux, elle a dû abandonner la pratique de son activité qui était la vente de couscous de manioc et de boisson. En effet, elle louait un local pour son petit commerce et par faute de moyens pour payer le loyer mensuel, elle a dû fermer. Consciente de la précarité de sa situation et des difficultés qu’elle vivait quotidiennement, elle n’entendait pas se laisser abattre. Elle s’est alors lancée dans l’entrepreneuriat local à travers l’élevage avec le modeste accompagnement de son fils ainé, fonctionnaire moyen.

Après deux (02) ans de combat, Madame X a commencé un second boulot comme concierge dans une société de nettoyage de la place où elle est payée 20.000 f CFA par mois (environ 31 Euros). Malgré la modestie de ses revenus, Madame X en est fière et continue de garder bon espoir que l’avenir sera meilleur. Elle confie un petit restaurant pas loin de son domicile situé à la périphérie de la capitale, afin de soutenir ses enfants qui pour la majorité sont encore à la recherche d’une situation stable.

Vue du poulailler de Madame X

(A suivre…)

Mandela Washington Fellow, for Young African Leaders — Civic engagement — Development Cooperation, Economist, Project Management skills, Free learner

Mandela Washington Fellow, for Young African Leaders — Civic engagement — Development Cooperation, Economist, Project Management skills, Free learner