STOP COVID-19 au Burkina Faso : les pratiques populaires qui dérangent, les mesures gouvernementales qui fâchent

COVID 19 au Burkina: les numeros de téléphone officiels

Dans son message à la Nation en date du 20 Mars 2020, le Président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré a annoncé les mesures de lutte contre la pandémie du COVID-19 au niveau national.

L’interdiction de tout regroupement de plus de 50 personnes

Les mesures de restrictions concernant les débits de boissons, les salles de cinéma, de jeux et de spectacles, les marchés e yaars, les restaurants, seront prises par les autorités compétentes

L’instauration d’un couvre-feu de 19 :00 à 5 :00 du matin, sur toute l’étendue du territoire, pour compter du 21 Mars 2020 à minuit

La fermeture des aéroports de Ouagadougou et de Bobo Dioulasso aux vols commerciaux, pour une durée de deux semaines renouvelable, à compter du 21 Mars 2020 à minuit, excepté pour les vols intérieurs et militaires et le fret

La fermeture des frontières terrestres et ferroviaires, pour une durée de deux semaines, renouvelable, à compter du 21 Mars 2020 à minuit à l’exception du fret

La suspension immédiate des opérations d’enrôlement biométrique

La suspension immédiate des opérations spéciales de délivrance de cartes nationales d’identité burkinabè

Ces mesures sont salutaires puisque bon nombre de pays à travers le monde ont adopté une démarche similaire. Le problème de manière générale réside dans leur application vue qu’elles sont contraignantes, subites, très couteuses et nécessitent parfois un changement profond dans les habitudes de vie des populations. Pour le cas spécifique du Burkina Faso, le problème peut être résumé comme suit : pour certaines raisons que nous développerons, les populations ont du mal à respecter certaines mesures de leur propre gré si bien que certaines pratiques persistent. En conséquence, elles sont réprimées parfois violemment par l’autorité publique. L’issue finale de ce bras de fer qui tend à s’écarter de l’objectif initiale qui est stopper la propagation du COVID-19, est déplorable. Examinons cela de plus près.

La zone de confort des Burkinabè face aux défis du COVID19

· Sur le plan des libertés : Historiquement et à travers le monde, les Burkinabè sont très souvent qualifiés d’Hommes « intègres », « honnêtes », « travailleurs », « résilients », mais également « insurgés ». C’est donc un peuple qui par la soif de liberté et par amour pour sa patrie, est prêt à payer le prix fort, par le sang ; en témoigne l’insurrection populaire de 2014 qui a étonnamment chassé du pouvoir le Président Blaise Compaoré après 27 ans de règne. D’ailleurs, rappelons que l’ancienne devise du Burkina Faso rebaptisée sous la révolution sankariste d’Août 1984 est « La patrie ou la mort, nous vaincrons ». C’est pour ainsi dire, pour ne citer que ces exemples, que la liberté est caractéristique du Burkinabè.

Et c’est dans un tel contexte qu’arrivent les restrictions en matière de regroupement, de loisirs et le couvre-feu.

Avant l’arrivée de ces mesures, l’activité économique, culturelle et sociale étaient le plus souvent la cause des regroupements. Les marchés, les lieux de culte, les cérémonies, les hôpitaux, les « maquis » et bars etc. au-delà de leur objectif premier, étaient des occasions privilégiées de contact, d’inclusion et donnaient du goût à la vie quotidienne pour toutes les couches d’âge. Dans les grandes villes comme Ouagadougou la capitale, ces liens sont beaucoup plus intenses notamment en fin de semaine ou à certaines périodes de l’année. On pourrait donc imaginer à quel point ces restrictions sans précédent apparaissent comme un grand défi pour certains qui sont mêmes prêts à les violer. C’est alors qu’on continue de voir des « maquis » clandestinement fonctionnels, des cérémonies discrètement organisées et des déplacements non autorisés nuitamment effectués aux heures du couvre-feu.

· Sur le plan du transport : Les restrictions dans ce domaine sont marquées par la fermeture des aéroports et des frontières terrestres et ferroviaires. Même si le fret est toujours fonctionnel, les restrictions de mouvements des personnes, doublées de la mise en quarantaine de nombreuses villes dont Ouagadougou n’est pas favorable pour certains. C’est le cas notamment des étudiants et travailleurs étrangers qui se retrouvent sans activité rémunératrice et sans possibilité de retourner auprès des leurs.

C’est le cas également de certains commerces interurbains (transports de personnes notamment) qui sont sévèrement touchés. Mais ce sont surtout les milliers de femmes vivant au jour le jour de leur petit commerce (vente de légumes, fruits, etc.) au sein des marchés qui vivent une situation désespérante. Elles sont déguerpies pour raison de fermeture des marchés, sans pour autant bénéficier de mesures de compensation. En conséquence, il n’est pas exclu de voir certaines femmes improviser le commerce à domicile et le commerce ambulant avec tous les risques de sécurité et d’hygiène que cela comporte.

· Sur le plan politique : Il est possible d’affirmer que le plan politique n’est pas sérieusement mis à défi comparé aux autres domaines, car n’ayant pas d’enjeux directs liés au niveau de vie des populations. Il le serait peut-être si l’on était en pleine période électorale qui nécessiterait une mise jour des listes électorales.

· Autres mesures : d’autres mesures prises par le gouvernement contre la pandémie du COVID-19 sont la distanciation sociale (ne pas se serrer les mains, ne pas s’embrasser, observer la mesure de distance d’un mètre au moins), les mesures d’hygiène (se laver régulièrement les mains au savon, porter des cache-nez), alerter les services de veille en cas de suspicion. A part la distanciation sociale qui représente un gros défi, il est convenable de dire que les populations s’adaptent dans l’ensemble.

Alors même que nous finalisons cet article, le gouvernement a annoncé depuis quelques heures la révision du plan de riposte dont le montant se chiffre désormais à plus de 177 milliards. Dans ce cadre, le Président du Faso dans un message à la Nation d’hier 02 Avril 2020, a annoncé un ensemble de mesures qui nécessitent la mobilisation de 394 milliards de FCFA y compris 178 milliards FCFA pour la riposte sanitaire. Ces mesures qui s’étalent sur la période d’avril à juin 2020 concernent d’après le Président, le soutien à la relance de l’économie, les mesures fiscales et de l’accès au financement, les mesures sociales d’accompagnement pour les mois d’avril à Juin 2020, les mesures destinées aux médias et aux entreprises du secteur de la publicité et enfin aux marchés et Yaars fermés, pour la période d’avril à juin 2020.

Cette annonce qui suscite déjà de vives critiques au sein de l’opinion publique viendra-t-elle calmer les cœurs des Burkinabè déjà surchauffés par le stress du confinement, le couvre-feu de 19 :00 à 5 :00, les délestages électriques et coupures d’eau en cette période de forte canicule ? Nous le saurons certainement dans un prochain article.

Mandela Washington Fellow, for Young African Leaders — Civic engagement — Development Cooperation, Economist, Project Management skills, Free learner

Mandela Washington Fellow, for Young African Leaders — Civic engagement — Development Cooperation, Economist, Project Management skills, Free learner