Mouvement “retour en Afrique”: Un Afro-américain séjourne définitivement avec sa famille au Burkina Faso

Pendant que de nombreux jeunes rêvent de rejoindre l’occident pour trouver un mieux-être, lui, prend le sens inverse, en installant ses pénates au pays des Hommes intègres. Lui, c’est le rappeur, producteur, réalisateur, Tom Joseph, avec pour nom d’artiste Alias JT « THE BIGGA FIGGA ». Il est originaire de la ville de San Francisco, de l’Etat de la Californie aux Etats-Unis. Avec lui, nous avons échangé, le 24 juin 2020, à son domicile, de sujets qui touchent sa vie privée, son pays d’origine et du Burkina Faso.

Achille SAWADOGO (AS) : Pourquoi avez-vous choisi le Burkina Faso pour vous y installer définitivement ?

Tom Joseph (TJ) : Ma première fois de venir en Afrique en tant que visiteur, c’était d’abord au Nigéria ; ensuite au Maroc et le troisième pays qui m’a accueilli, c’était le Burkina Faso. J’ai eu également la chance d’aller à Abidjan avant de revenir au Burkina Faso où j’ai séjourné pendant quelques temps dans la ville de Kaya. De retour aux Etats-Unis, j’ai été invité par l’initiateur de la Fondation Boukary Ouédraogo (BO), qui est une organisation caritative qui œuvre pour l’épanouissement de la jeune fille de façon spécifique et des jeunes de façon générale. Dans son invitation, il m’a proposé de revenir vivre au Burkina si le pays me plaisait. J’ai trouvé que la vie ici était paisible et j’ai voulu apporter ma contribution au monde musical comme je l’ai jadis fait aux Etats-Unis.

AS : Etes-vous fier d’y séjourner ?

JT : je suis très joyeux de m’installer au Burkina Faso.

AS : Quelle comparaison faites-vous entre le Burkina et votre pays d’origine, les Etats-Unis ?

JT : A première vue, c’est l’amour que les Burkinabè ont les uns pour les autres. Je fais ce lien avec les Etats-Unis, parce que là-bas, en tant que Noir, j’ai l’impression qu’on nous apprend à être haineux. C’est le contraste que je fais déjà en fonction de mes quelques instants au Burkina.

AS : Quels sont les projets que vous comptez réaliser au Burkina ? Qui seront vos partenaires ?

JT : Le premier grand projet, c’est un album qui regroupera 24 titres. Je compte faire de telle sorte qu’il y ait une variété de style musical (traditionnel, classique, le Hip-Hop, …). Ce serait l’occasion pour moi de soutenir et de faire la promotion de certains artistes « en herbes » auprès de mes compatriotes pour qu’ils sachent qu’un américain peut s’installer ici et faire évoluer les choses. Depuis l’extérieur, on constate que des pays comme le Ghana, le Nigéria et la Côte-d’Ivoire, émergent dans le domaine musical. C’est à leur image que je veux que le Burkina soit.

AS : On aperçoit que ses projets sont plus orientés vers la musique, pouvez-vous nous parler de votre carrière musicale ?

JT : J’ai commencé la musique à l’âge de 18 ans. Je n’ai pas un cursus académique fourni car j’ai vite abandonné l’école à partir de la 5e pour me lancer dans la musique. Heureusement, je disposais d’un minimum d’équipements qui me permettait d’enregistrer ce que je produisais et au fur et mesure, je m’associais à certains groupes de musiciens pour produire des sons. C’est ainsi que de 1992–1993, j’ai pu mettre sur le marché, trois albums. C’est véritablement grâce à mes deux premiers albums que j’ai pu engrangés des ressources d’environ 1 000 dollars américains (580 000 F CFA). Ce fut l’élément déclencheur de ma réussite musicale. Cela m’a permis de soutenir certains artistes tels que Master P à lancer plusieurs albums en une année, chose qui n’était évident à cette époque. Etant aussi en collaboration avec de célèbres artistes tels que Snoop Dog, Migos, Young Thug, j’ai pu propulser certains artistes qui peinaient à progresser. J’évoluais en ce moment, non seulement, en tant que Rappeur mais également en tant que producteurs. C’est ce qui a d’ailleurs contribué à attirer l’attention de la Fondation Boukary Ouédraogo à m’inviter au Burkina afin que je puisse apporter ma contribution, mes talents à tous ceux qui sont dans le besoin. J’ai plusieurs titres à mon actif mais je partage avec vous quelques titres que sont Bonkers, Cash Talk, Friends to the end, Game recognize Game, My world…

AS : Pensez-vous que votre décision de séjourner au Burkina peut améliorer l’amitié ou la coopération entre son pays d’origine et celui d’accueil ?

JT : Très surement ! Car je vais constituer ce maillon qui va souder les deux pays. Avant d’arriver au Burkina Faso, je n’avais aucun contact. Je lis cela au plan divin. C’est grâce Boukary Ouédraogo qui a séjourné aux Etats-Unis et qui vu mes talents, qui m’a incité à venir au Burkina vu que je suis également je suis afro-américain, je n’aurai pas de problème à m’y adapter. A peine arrivée, j’ai déjà récupéré de jeunes artistes locaux que je souhaite accompagner.

AS : Qu’est-ce que le développement d’un pays ? Pensez-vous que le Burkina Faso est sur la bonne voie ?

JT : Je confirme. Le Burkina Faso est sur la bonne voie. Il dispose de ressources humaines qualifiées. Seulement, ces dernières n’arrivent pas à valoriser leurs talents. C’est pourquoi, ma présence c’est pour leur montrer qu’elles ont le nécessaire pour se développer et développer leur pays. Et la clé de la réussite, c’est la confiance en soi et compter sur ses propres forces que de compter sur une aide extérieure. Avec la présence de ma famille, de mes collaborateurs et du travail que nous allons mener, le Burkina sera développé.

AS : Les récentes actualités aux Etats-Unis ne sont pas les meilleures, avec l’assassinat de Georges Floyd. En tant qu’Afro-américain, quel est votre ressenti ?

JT : La réalité est que ce n’est pas le seul cas. Il y a eu des milliers de cas similaires. On ne les présente pas souvent à la télévision pour ne pas effrayer les potentiels immigrants aux Etats-Unis. Laissez-moi vous dire que vous n’avez pas connaissance des traitements démoniaques que les Noirs endurent là-bas. Si vous voyez comment les femmes y sont traitées, c’est un motif pour vous de quitter les Etats-Unis. On a l’impression que les Noirs sont des cobayes des expérimentations de tout genre (produits génétiquement modifiés, vaccins, armes, …). Tout cela pour que nous commettons des fautes afin qu’ils puissent nous traiter de tous les noms. On essai souvent de vous entrainer à mener une certaine vie en tant que footballer, Basketteur, …au point que vous ne puissiez plus avoir accès aux postes liés à l’administration tels qu’être PDG d’une société. On essai même de vous déraciner en vous faisant croire qu’amasser beaucoup d’argent vous déracine de vos origines. Aux Etats-Unis, vous avez l’impression que vous travaillez assez mais vous n’avez pas l’impression de progresser. J’invite tout le monde, que tu sois de confessions religieuses différentes, à cultiver l’amour du prochain. Je profite de l’occasion pour saluer l’honorable Louis Farrakhan qui est de ma région d’origine, qui disait que « Il faut souffrir pour avoir, plutôt que de souffrir pour demander ». Je profite de l’occasion encore pour remercier l’honorable Louis Farakhan qui m’a permis en 1992, de faire des enregistrements de musique à mon domicile sans allez dans une maison de production. C’est qui m’a d’ailleurs permis de mettre cinq cent (500) cassettes sur le marché et de pouvoir subvenir aux besoins de ma famille et de mes proches. Il faut que les Burkinabè valorisent leurs productions à l’extérieur (objets d’art, tenues vestimentaires, …). Et je suis là ici pour promouvoir toutes les créations locales à l’extérieur afin que tout artisan puisse s’en sortir de son métier. Un autre exemple, le beurre de karité aux Etats-Unis coûte quinze (15) à vingt (20) dollars alors qu’au Burkina, avec moins d’un (1) dollar on peut l’avoir. Il faut alors multiplier les exportations et la fabrication. Je profite aussi parler de Thomas Sankara qui avait une bonne idéologie mais des personnes de mauvaises volontés ont contribué à l’éliminer essayant de faire croire à la population que ce qu’il prônait comme valeur, n’était ce que le peuple burkinabè mérite. Je viens ici pour une fois de plus mettre ces valeurs au-devant de tout, d’inspirer la jeunesse et leur permettre de se développer.

AS : Quelle adresse avez-vous à l’endroit des jeunes qui espèrent aller aux Etats-Unis ?

JT : Le message que j’ai pour eux, c’est de faire très attentions parce que pour une montre ou une chaussure, ils peuvent trouver la mort. Vous voyez les événements qui se passent dans les collèges, les enfants se tuent facilement. C’est très dangereux actuellement aux Etats-Unis. Si vous ne croyez pas, tapez sur Google, vous saurez tout ce qui se passe. En 2018, j’ai été victime d’une agression d’individus lourdement armés au cours de laquelle j’ai reçu des balles au ventre et à la main. Mais grâce aux prières des Burkinabè, j’ai échappé le pire.

Mandela Washington Fellow, for Young African Leaders — Civic engagement — Development Cooperation, Economist, Project Management skills, Free learner

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