INSTALLATION ANARCHIQUE DE RALENTISSEURS DANS LA VILLE DE OUAGADOUGOU : QUAND L’INCIVISME S’INVITE…

Ralentisseur fait de terre

Dans le jargon populaire, on les appelle des « gendarmes couchés ». Il s’agit des ralentisseurs, ces bosses aménagées sur la chaussée pour obliger les usagers, et notamment les automobilistes à ralentir. Ils permettent de limiter les accidents et sauver des vies humaines lorsqu’ils sont mis en place dans les règles de l’art. Cependant, ils peuvent s’avérer très dangereux et mortels lorsque les populations elles-mêmes prennent l’initiative d’en installer.

Au Burkina, le décret n° 2012–1111 du 31/12/2012 pris en Conseil des ministres fixe les normes de conception et de construction des ralentisseurs routiers de vitesse. Il fait, en effet, l’inventaire des différents types de ralentisseurs et en établit les modalités de construction. Le marché des ralentisseurs est offert à des professionnels qui font le travail dans les règles de l’art. Cependant, les ralentisseurs hors normes poussent comme des champignons sur des routes du Burkina. On les rencontre le plus souvent sur les voies non bitumées. Ils sont installés illégalement par les populations qui ne tiennent pas compte des dimensions normales de construction ou qui ne prennent pas le soin d’installer un panneau de signalisation pour prévenir les usagers. Conséquences : des accidents fréquents avec à la clé de nombreuses pertes en vies humaines. Même si le gouvernement burkinabè avait engagé en mai 2018, une opération de démolition de ralentisseurs construits anarchiquement sur des routes bitumées ou non, force est de constater que les populations continues de les ériger.

« Des ralentisseurs pour réduire la poussière » : est-ce une raison valable ?

Pour certains Ouagalais, la mise en place de ces ralentisseurs intervient comme une bouffée d’oxygène. « Moi je vis à Guikofê [quartier de la ville de Ouagadougou]. Il y a trop de poussière, les gens filent avec leurs engins. Pourtant les routes passent devant les cours des gens. S’il n’y avait pas de « gendarmes couchés », on n’allait pas pouvoir tenir. Les « gendarmes couchés que l’Etat met en place concerne seulement les Routes nationales. On ne peut en faire autrement. »

La vitesse des usagers combinée à la structure non bitumée des routes ne peut que causer un état de poussière permanent. D’un autre côté, installer anarchiquement des ralentisseurs est aussi à l’origine de nombreux accidents. C’est une situation de dilemme que seul l’Etat peut résoudre. A lui de déployer ses techniciens dans les villes du Burkinapour mettre en place des ralentisseurs de qualité au grand bonheur des habitants, tout en sécurisant la vie des usagers. Sinon, munies de leurs pelles et pioches, les populations continueront de faire comme bon leur semble, au grand dam des usagers…

Mandela Washington Fellow, for Young African Leaders — Civic engagement — Development Cooperation, Economist, Project Management skills, Free learner