En quoi la bureaucratie peut-elle entraver les couches vulnérables de la société ? Cas du Burkina Faso

Copyright: Alfredo Martirena, Climbing in bureaucry, 2017

Bureaucratie au Nord vs Bureaucratie au Sud

Dans les pays développés (en Europe, aux Etats-Unis par exemple), lorsqu’on considère la vie organisationnelle, il y a objectivement beaucoup de points positifs qui tendent à alléger la bureaucratie.

Les américains par exemple sont très proactifs et toujours prêts à soutenir l’autre à travers le partage d’opportunités ou à défaut la mise en contact (connexion, réseautage). Aux Etats-Unis, parfois il suffit simplement de savoir exprimer ses besoins et d’accepter l’aide venant des autres et les portes vous sont ouvertes. Et ce, indépendamment de la race, origine sociale, même si cela est à relativiser. Il n’y a pas difficultés ou beaucoup de protocoles pour rencontrer le Président de l’Université, tel ou tel Professeur ; il suffit de prendre rendez-vous à l’avance en leur écrivant un mail.

En Occident (Belgique, France par exemple), sur la base de mon expérience personnelle, il existe encore certains préjugés ou complexes qui tendent à défavoriser certaines couches sociales mais de façon générale, l’accès à l’autorité est relativement facile.

Pour ainsi dire que dans les pays dits développés, la relation entre l’autorité et le citoyen ordinaire est une relation de proximité. Elle est caractérisée par une communication fluide, une culture de la rapidité, la valorisation de l’égalité et de l’équité. Il y a aussi la culture de la redevabilité qui réduit le complexe entre l’autorité et le citoyen ordinaire, tous se traitant avec respect sur le même pied d’égalité.

En comparaison, la bureaucratie est beaucoup plus lourde dans les pays dits en développement comme le Burkina Faso. Même si elle est nécessaire en théorie des organisations, l’on a parfois même le sentiment qu’elle est de trop au point d’affecter négativement les relations entre l’autorité et le citoyen. C’est surtout dans le secteur public que ce sentiment se manifeste le plus. L’administration publique est fortement empreinte de règles bureaucratiques. Là-bas, l’avis hiérarchique compte tellement dans la prise de décision, au point que cela peut ralentir la machine administrative. Ce système est également centralisé avec tous les risques d’abus, de détournement et d’appropriation du pouvoir qu’il peut engendrer. Examinons un cas basé sur mon expérience propre au Burkina Faso.

Lourdeur bureaucratique et urgence humanitaire au Burkina Faso

Selon CAROLINE BANTON, une bureaucratie se réfère généralement à une organisation complexe avec des systèmes et des processus à plusieurs niveaux. Ces systèmes et procédures sont conçus pour maintenir l’uniformité et le contrôle au sein d’une organisation. Une bureaucratie décrit les méthodes établies dans les grandes organisations ou les gouvernements. Par exemple, une compagnie pétrolière peut établir une bureaucratie pour obliger ses employés à effectuer des vérifications de sécurité lorsqu’elle opère sur une plate-forme pétrolière.

Par définition, l’aide humanitaire est une aide d’urgence et ponctuelle mise en place lors d’une situation de crise exceptionnelle ou de catastrophe naturelle. Plus elle est rapide, plus elle est efficace. Mais cela n’est pas toujours le cas pour certaines raisons. Nous exposons ici quelques défis liés au soutien aux personnes réfugiées suite à la crise humanitaire sans précédent que rencontre le Burkina Faso ces dernières années.

En Novembre 2019, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés estimait à quelques 500000 le nombre de personnes déplacées à l’intérieur du Burkina, dont 300.000 au cours des trois derniers mois seulement. Ce nombre pourrait augmenter au regard de l’évolution des attaques terroristes dans certaines régions du Burkina Faso jusqu’à nos jours. J’ai précédemment publié plusieurs articles sur le sujet pour informer l’opinion nationale et internationale, mais également pour attirer leur soutien envers ces milliers de femmes, d’enfants et d’hommes qui vivent le martyr jour et nuit.

Effectivement, de bonnes âmes d’outre-mer ont bien voulu leur venir en secours en faisant généreusement des dons en espèces au mois de Décembre 2019, que j’étais chargé de transmettre aux personnes déplacées. Au total, cela représentait la somme de 3051 dollars soit environ 1,800,000 FCFA.

Etant donné le très grand nombre de personnes déplacées et la multitude des sites dispersés dans des régions différentes, j’ai décidé de faire les dons dans les régions où j’avais des contacts fiables pour éviter les détournements. C’est ainsi que les régions du Centre-Sud et du Centre Nord ont été retenus. Il faut noter qu’au Burkina Faso, le Ministère de la Femme, de la Solidarité nationale, de la famille et de l’action humanitaire (ou Ministère de l’action sociale) a la charge de toutes les actions humanitaires en faveur des personnes déplacées. J’ai donc pris attache avec l’autorité compétente dans le Centre Nord pour informer mon intention de faire des dons mais également de connaitre les besoins réels sur le terrain. L’autorité m’a effectivement fourni une liste de besoins (vivres, nattes, plats, gobelets, bouillards, seaux, etc.). La prise de rendez-vous pour l’activité de dons va cependant s’avérer très protocolaire. J’ai d’abord été requis de donner l’origine du don et les acteurs impliqués. Il fallait ensuite fournir une liste détaillée des dons avec une valeur estimative. Il m’a en effet été dit que des cas de malversations ont été vécus dans le passé. C’est donc pour éviter cela que la hiérarchie exige désormais de tout donateur toutes ces informations et ce protocole.

Mais le problème est que cette procédure s’avère objectivement longue et inadaptée dans un contexte d’urgence humanitaire où des populations peinent à avoir 2 repas par jour (voir articles de Janvier 2020). D’attente en attente, la procédure prendra pratiquement (01) un mois sinon plus, pour qu’enfin la fameuse autorisation hiérarchique tant attendue soit effective. Du début Décembre 2019 où les dons étaient déjà disponibles, c’est finalement le 15 Janvier 2020 qu’une réponse m’est parvenue disant que ma demande de soutien aux personnes déplacées est accordée. Entre autres défis liés à la gestion du stock de vivres et des fonds pendant tout ce temps, le nouveau défis est de trouver une nouvelle date pour enfin effectuer le don.

L’exemple ci-dessus illustre l’impact négatif de la lourdeur bureaucratique sur la crise humanitaire actuelle au Burkina Faso. L’on pourrait imaginer que le système en place pourrait décourager les donateurs impatients ou orienter leurs intentions vers d’autres secteurs.

Pour contourner ce problème, nous envisageons la création prochaine d’une organisation humanitaire afin de permettre une intervention rapide et directe.

Achille Sawadogo

Mandela Washington Fellow, for Young African Leaders — Civic engagement — Development Cooperation, Economist, Project Management skills, Free learner

Mandela Washington Fellow, for Young African Leaders — Civic engagement — Development Cooperation, Economist, Project Management skills, Free learner