Cryptomonnaie au Burkina Faso: se restaurer désormais via le Restaurant Blockchain

Le 06 Mai 2020, j’ai visité un restaurant pas comme les autres, le « Restaurant Blockchain » situé à Ouagadougou sur le Boulevard de l’insurrection (environ 500 m avant Petrofa Ouaga 2000 en face de la pharmacie du Faso). Cette initiative qui a suscité ma curiosité est née de la société Ecash Group, et il était important pour moi d’en savoir plus dans le cadre de ma stratégie de gestion des partenariats au profit de Aid and Save. C’est ainsi que j’ai arrangé un entretien avec le PDG du groupe, Monsieur BB également partenaire de longue date. Ci-dessous l’intégralité de nos échanges.

Si l’on a l’habitude d’entendre parler de Crypto-monnaie pour se faire des gains en actifs numériques, il faut aussi savoir qu’il y a la possibilité de faire des dépenses via cette technologie, à l’instar des plateformes mobiles usuelles telles que Orange money, mobicash, etc. L’innovation que nous vous laissons découvrir, est l’œuvre d’une société burkinabè, ECASH GROUP. Elle a innové dans le secteur de la restauration en offrant la possibilité à ses clients d’utiliser leurs monnaies électroniques, le Bitcoin, pour leurs commandes. Dans les lignes qui suivent, Monsieur Bienvenu Bamouni, Président Directeur Général de ECASH GROUP, s’est prêté à nos questions afin de partager son expérience et de présenter davantage son activité.

Achille Sawadogo (AS) : Qui est ECASH GROUP ?

Bienvenu Bamouni (BB) : Ecash group est la toute première société physique au Burkina Faso dans le domaine de la Crypto monnaie. Ecash group compte actuellement trois départements dont Ecash Exchange, spécialisé dans la vente, l’achat et la conversion de monnaie électronique. Il offre une formation et des conseils sur les crypto monnaies ; le département Ecash Mining qui est une plateforme d’investissement (ecashmining.com) et est spécialisé dans le Trading et les formations sur les marchés de devises et indices; enfin, le Restaurant BLOCKCHAIN qui est l’innovation dans le domaine de la restauration.

AS : Avant d’évoquer votre innovation dans la restauration, de façon succincte, qu’est-ce que la Crypto-monnaie ?

BB : La Crypto-monnaie est une nouvelle forme de monnaie basée sur la technologie Blockchain, une monnaie 100% électronique qui peut être utilisée comme tout ce que nous avons comme fiduciaire aujourd’hui. Elle offre plein d’avantages. Ce sont des monnaies qui sont décentralisées et qui prennent de la valeur également.

AS : Parlez-nous maintenant de votre innovation ? D’où vient cette idée ?

BB : L’idée de permettre à nos clients d’effectuer des achats via le BLOCkCHAIN dans notre restaurant qui porte ce nom, vient d’abord, du fait que nous ayons une structure qui fait des échanges de ces monnaies. Nous avons jugé opportun de faire le pas dans d’autres infrastructures pour permettre à ceux-là qui utilisent ces monnaies, qui font confiance au domaine de la Crypto-monnaie, de pouvoir les dépenser sur le plan national et pourquoi pas à l’international. C’est pourquoi, nous avons créé un endroit où ces personnes peuvent dépenser directement leur monnaie au lieu d’avoir l’obligation de passer du Crypto au CFA pour pouvoir effectuer des dépenses. Notre idée est déjà de faciliter la tâche à ceux-là qui sont du domaine. Ensuite, c’est pour rappeler à tout le monde que la Crypto-monnaie est bien réelle et elle peut servir dans les dépenses quotidiennes.

AS : Concrètement, comment ça marche ?

BB : Il faut passer forcement par une formation que nous donnons au niveau de l’entreprise. A l’issue de cette formation, vous pouvez vous servir de ce portefeuille électronique pour vos dépenses. Sinon, nous acceptons tout le monde ici. Il y a la possibilité de payer en fiduciaire ou en cash. Il y a aussi la possibilité de payer par Orange money et la possibilité de payer en crypto monnaie. Nous avons voulu créer ce cadre pour ceux qui sont du domaine des monnaies électroniques.

AS : Pouvez-vous nous donner les modalités d’accès à la formation ?

BB : Il y a plusieurs niveaux dans la formation que nous offrons sous forme de modules. Il y a d’abord, le module débutant qui coûte 75 000 F CFA ; un module intermédiaire qui coûte 100 000 F CFA et celui professionnel à 150 000 F CFA. Une formation complète s’élève à 325 000f. Pour quelqu’un qui veut une formation complète, nous lui permettons de payer 300 000f au lieu de 325 000f. A l’issue de la formation, vous savez comment investir pour faire de la valeur et faire vos achats au niveau du restaurant. Vous savez également identifier le vrai du faux parce qu’il ne faut pas se leurrer, il y a tellement d’arnaqueurs dans ce domaine. Vous avez déjà appris l’affaire de Dipgold investissement qui a fait tellement de déçus. Et pour éviter tous ces imposteurs, il faut nécessairement se faire former. Sans formation, la perte d’argent est considérable. Nous sommes en train de réfléchir toujours afin de permettre au plus grand nombre de burkinabè de se faire former dans ce domaine.

AS : Quelle appréciation vos clients font du paiement électronique ?

BB : Il est vrai que l’économie numérique n’est pas assez développée dans notre pays. Mais nous avons connu un vrai essor dans ce domaine en 2018 où plusieurs jeunes ont commencé à s’y intéresser à travers le trading. C’est ainsi que sont nées plusieurs entreprises évoluant dans ce domaine pour accompagner les usagers à comprendre ce domaine. Le domaine existe déjà, il n’y a pas mal de personnes qui utilisent ces monnaies. Le restaurant existe à peine deux semaines de cela et avec la situation sanitaire, il n’y pas d’affluence. Le paiement par des personnes du domaine existe mais ils sont rares pour l’instant. Mais nous sommes confiants de l’évolution des choses. Néanmoins, il y a pas mal de personnes qui sont intéressés et contents de cette initiative.

AS : Vous ne courez pas de risques de perdre de l’argent dû aux arnaques ou dû à la technologie ?

BB : Nous courons moins de risques que ceux qui reçoivent le cash parce que pas mal de restaurant ont été attaqués. Cette technologie est une manière d’avoir permanemment de l’argent avec soi et en sécurité. Personne ne peut me forcer à vider mon argent qui est en Crypto-monnaie. Je coure moins de risques que celui qui utilise le fiduciaire. Il y a d’autres risques tels que la possibilité de perdre des fonds depuis le portefeuille, mais avec le savoir que nous avons, les années d’expériences dont nous disposons dans ce domaine, nous sommes protégés de ces risques.

AS : Comment comptez-vous conquérir les citoyens Lamda qui n’ont pas encore connaissances de ce domaine ?

BB : Il n’y pas mal de structure qui se créent, ce qui veut dire que les gens s’y intéressent. Avec le temps, je pense que si le maximum adopte ce système, forcément, ils vont suivre. Nous avons des experts du domaine qui nous accompagnent pour partager le savoir, les opportunités qu’offre le domaine des crypto monnaies. C’est d’abord une opportunité avant d’être une monnaie de transaction. On peut se faire de l’argent à travers cette forme de monnaie qui prend de l’ampleur et de la valeur chaque jour. C’est d’abord une source de revenu avant d’être une monnaie de transaction. On croit que le maximum va adhérer.

Je prends un exemple sur deux clients. Un qui utilise le CFA et l’autre, du bitcoin. Comme avantage, supposons que le deuxième a 1000 dollars dans son portefeuille, il paye une facture de 10 dollars ici aujourd’hui.

Celui qui a le fiduciaire a la même somme. Il paye une facture de 5000f, celui qui utilise le fiduciaire, même si c’est dans une année, dans son portefeuille il va rester ses 1000 dollars moins ces 5000 qu’il a payé. Celui qui a payé en monnaie électronique, il lui reste 990 dollars. Demain, il peut se retrouver avec 1200 dollars ; la semaine à venir, il peut se retrouver avec 1500 dollars. C’est déjà un atout clair pour adopter ce genre de paiement. Au-delà de la valeur que ce mode de paiement procure, il y a une question de sécurité.

AS : Quels sont les menus que vous proposez à vous clients ?

BB : Ce restaurant offre des mets africains, européens (fast-food, pizza) de la boisson et bientôt un glacier. Les tarifs sont suffisamment abordables pour offrir le confort à nos clients et faciliter la tâche à tout le monde. Les tarifs vont de 400f CFA (0.67 USD) à 6 000f CFA (10 USD). Chacun y trouve son compte.

AS : Recherchez-vous actuellement des partenaires ?

BB : Logiquement. Nous avons une vision et nous croyons qu’avec le temps ça va évoluer. Nous nous installons actuellement avec les moyens dont nous disposons mais forcément nous aurons besoin d’un appui technique pour améliorer le domaine et pourquoi pas financiere car nous comptons ouvrir des succursales partout au Burkina et à l’international. On aura besoin de partenaires pour aller loin. Toute forme de soutien sera nécessaire.

AS : Avez-vous un mot à l’endroit de ceux qui hésitent toujours ?

BB : La monnaie a eu pas mal d’étapes. Vous vous rappelez il y a des années de cela, nos grands-parents utilisaient des cauris. Il y a eu également l’étape des billets de banque. Il faut qu’on accepte que cette étape est révolue ou est en train d’être dépassée. C’est l’ère de l’électronique. Ce sont ces différentes formes de monnaies qui vont révolutionner les choses. Ceux qui ont refusé de changer leurs cauris contre des billets de banque, aujourd’hui, ils ont des cauris qu’ils ne peuvent pas utiliser. Ça sera la même chose pour ceux-là qui vont refuser la crypto-monnaie.

AS : Et pour ceux-là qui pensent que c’est de l’arnaque ?

BB : J’invite ceux qui doutent toujours, à chercher à découvrir, à mieux comprendre ce domaine, saisir toutes les opportunités pendant qu’il est encore temps. Il faut chercher à comprendre dès à présent pour ne pas « se mordre les doigts » après. Il faut se rendre au niveau des entreprises qui ont déjà du savoir dans ce sens et chercher à découvrir.

Je me rappelle, il y a quelques années de cela, quand je parlais de crypto monnaie, mes amis me disaient « on n’a même pas fini avec le CFA, toi tu parles de crypto ». Je crois qu’aujourd’hui, avec tout ce qui se passe autour de nous, ces mêmes personnes essaient de me retrouver pour comprendre le système. Pour dire qu’il est temps que nous adhérions à ces systèmes.

AS : Rencontrez-vous des difficultés ?

BB : Les difficultés ne manquent pas. La difficulté majeure est la connexion internet. Alors que dans le domaine dans lequel nous évoluons, il faut une connexion très fluide. Alors que c’est le problème du Burkina.

AS : Avez-vous des perspectives ?

BB : Nous attendons de boucler les investissements à Ouagadougou avant d’étendre cette initiative à toutes les villes du Burkina Faso, dans la sous-région et conquérir le monde entier. C’est une idée qui ne va pas s’arrêter là. Nous sommes en train de développer une application qui puissent permettre aux clients de commander les repas à partir de chez eux et payer avec les monnaies électroniques (bitcoin). Nous comptons également signer des partenariats avec des centres de santé, des restaurants, des pharmacies afin que nos clients puissent effectuer leurs dépenses quotidiennes via la crypto monnaie dans ces lieux. Je me rappelle une fois où je voulais effectuer un paiement avec un vendeur ambulant. Ce dernier ne connaissant pas le système de monnaies électroniques, il a fallu que j’échanges mes monnaies électroniques en CFA avant de pouvoir le faire. Il y a plein de choses à apprendre dans ce domaine. Nous projetons aussi organiser un évènement au niveau du restaurant qui va réunir des professionnels du domaine et des novices qui veulent apprendre afin de se partager le savoir. Nous allons inviter des gens d’ici et d’ailleurs qui sont aguerris dans le domaine pour partager leur savoir avec ceux-là qui ont envie de découvrir le domaine.

AS : Avez-vous un dernier mot ?

BB : Je vais remercier toute l’équipe qui nous accompagne et pour l’intérêt que vous portez à nos initiatives en particulier vous-même, M. SAWADOGO qui êtes notre partenaire de longue date.

Annexe: Témoignage d’un client du Restaurant Blockchain

« J’ai une petite histoire derrière ce restaurant. Je passais une fois et j’ai vu le nom, Blockchain. Etant intéressé par les nouvelles technologies, les nouveaux systèmes informatiques, électroniques, …j’ai fait demi-tour et je suis resté à distance pour prendre juste une image. En faisant mon image, je me suis rendu compte qu’il y a la possibilité de faire des achats dans ce restaurant à travers le Bitcoin. Cela a renforcé davantage ma curiosité et je suis allé pour mieux comprendre. Je n’utilise pas encore cette application mais j’ai déjà acheté des Bitcoin dans ce restaurant et mes prochains achats seront à travers le Bitcoin. En fait, je suis à une étape d’apprentissage pour pouvoir payer prochainement à travers la Crypto monnaie. J’apprécie aussi leur cadre, l’accueil, les repas qui sont très bien faits. J’ai connu le restaurant à peine une semaine et j’ai même rigoler en demandant à ce qu’on m’offre une carte de fidélité car je n’hésite pas à y faire un tour », M. Ouédraogo

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Mandela Washington Fellow, for Young African Leaders — Civic engagement — Development Cooperation, Economist, Project Management skills, Free learner

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Achille Sawadogo

Achille Sawadogo

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